Portrait d’Arturo Ripstein

Figure emblématique du cinéma contemporain, Arturo Ripstein, réalisateur mexicain, reste pourtant méconnu du public français. À l’honneur en cette 33e édition du Festival des 3 Continents et tout juste arrivé en France, nous l’avons rencontré en plein cœur du festival. Portrait d’un maître méconnu.

Par Julien Sellenet, Meggy Ferré, James Donovan, Jean Annaix et Emilien La Croix

Retrouvez l’ensemble des vidéos de la 33e édition du Festival des 3 Continents sur Preview : http://www.3continents.info/category/videossons/

Page Partenaires de Preview : http://www.3continents.info/partenaires/

Retrouvez les autres articles du jour sur Preview : http://www.3continents.info/

The sword identity, Une réflexion tranchante sur l’identité

Sous la dynastie Ming, au XVIe siècle, deux sabreurs débarquent sur la côte chinoise. Décidés à faire accepter leur philosophie des arts martiaux par les 4 grands maîtres locaux, ils vont devoir rivaliser d’adresse et de persévérance.

 

 

Film de sabre, donc de genre, The sword identity nous plonge, dès les premières minutes, dans une atmosphère feutrée et solennelle. Les dialogues étant rares, chaque combat rompt violemment le silence. Dans cette Chine ancestrale, chacun défend, au péril de sa vie, sa propre approche spirituelle des arts martiaux. Lorsque deux étrangers débarquent avec des armes et des techniques de combat inconnues des maîtres martiaux, la tension est palpable.

 

The Sword Identity

Extrait du film The Sword Identity de Xu Haofeng.


Le film diffère cependant des productions martiales chinoises ou hollywoodiennes de ces dernières années : il n’utilise aucun effet spécial. On est très loin des effusions de sang de Kill Bill. À peine touchés, les perdants se figent, pétrifiés, avant de tomber au sol. La mort est détournée, cachée, comme pour laisser planer le doute. Les coups fatals s’enchaînent pourtant, mais avec la pudeur nécessaire pour ne pas dévaloriser le perdant. Les combats sont ralentis, découpés, voire filmés hors-champ. Ils conservent ainsi leur noblesse et mettent en valeur les mouvements chorégraphiés par le réalisateur Xu Haofeng lui-même.

 

Si les armes et les coups sont tranchants, les dialogues sont, eux, parfois teintés d’ironie. On est d’ailleurs facilement conquis par l’un des deux sabreurs étrangers, sorte de super héros nonchalant et attachant comme Johnny Depp dans Pirates des Caraïbes. Une ironie qui cache une féroce volonté de faire reconnaître son art et de le transmettre. The sword identity propose, en effet, une réflexion sur la transmission des savoirs entre les générations. Il met en lumière la sagesse des anciens face à la fougue des jeunes. L’expérience des uns face à la naïveté des autres. Et réconcilie finalement les deux parties.

 

A priori sombre et froid comme une lame, The sword identity propose plus qu’un enchaînement de combats de sabres, de masses et de lances. Malgré des seconds rôles peu convaincants et des travellings parfois amateurs, Xu Haofeng revient à une approche plus simple du film de sabre. Il rassemble l’histoire, la philosophie et les arts chinois dans une seule et même armure. Une façon de remettre en question notre propre identité pour tenter de la percer.

 

Christophe Herlédan

 

Fiche technique

The sword identity de Xu Haofeng

Pays : Chine

Année : 2011

Durée : 108 minutes

 

 

Toutes les critiques du 33e Festival des 3 Continents sur Preview : http://www.3continents.info/category/critiques/

Page Partenaires de Preview : http://www.3continents.info/partenaires/

Retrouvez les autres articles du jour sur Preview : http://www.3continents.info/

Les Ateliers Varan par Preview, journal en ligne du Festival des 3 Continents

Créés en 1981, les Ateliers Varan apparennent aux réalisateurs à filmer les réalités de leur pays. Leur crédo : capter une réalité filmée au plus près et faire du spectateur un témoin privilégié du quotidien. Retour sur 30 ans d’une démarche militante.

Julien Sellenet, Meggy Ferré, James Donovan, Emilien La Croix et Jean Annaix.

Projection au service pédiatrie du CHU

Dans le cadre d’un partenariat avec le département communication du CHU de Nantes, une programmation de films d’animation jeunes publics est proposée aux patients du service pédiatrie. Séance du jour, “Les contes de la mère poule”, une série de courts métrages iraniens originaux et touchants.

Elfie Charles

Regards croisés sur la violence en Israël

 Une fiction et un documentaire scrutent l’inconscient collectif israélien et jettent une lumière inédite sur le climat de violence entretenu dans le pays.

nadav_lapid_C_Festival_des_3_continents

Nadav Lapid, réalisateur franco-israélien


Violence dans l’histoire d’un peuple

En parlant de son film Policeman, le réalisateur israélien Nadav Lapid affirme que l’image du soldat est ancrée dans les esprits en Israël, comme une vision archétypale de l’homme et de la virilité. Cette déclaration met en lumière une image figée dans l’inconscient collectif qui participerait à l’entretien d’un climat belliqueux, propice aux conflits du Moyen-Orient. À travers Policeman, Nadav Lapid souhaite dénoncer cet état d’esprit.
Dans le documentaire Pour un seul de mes deux yeux, le réalisateur Avi Mograbi montre lui aussi une violence ancrée dans l’histoire israélienne qui, loin d’être remise en cause, est transmise aux jeunes générations comme un patrimoine que l’on devrait préserver. En nous montrant les visites touristiques du site de Massada, il donne moins à voir l’intérêt porté à un lieu historique que la transmission d’une culture. Ceux qui se rendent en pèlerinage à Massada cherchent une connexion avec leur passé mais semblent aussi trouver une résonance dans la situation actuelle d’Israël.



Le sacrifice valorisé


Dans Pour un seul de mes deux yeux, on voit que la mort, comme échappatoire à la défaite et au déshonneur, est enseignée dans des classes de très jeunes enfants. Difficile de ne pas trouver choquante cette sensibilisation à un acte habituellement condamné par les religions monothéistes. Le sacrifice devient une conduite héroïque.
En haut de la forteresse de Massada, de jeunes touristes sont invités à se mettre à la place des rebelles juifs assiégés par les Romains en 73 après Jésus-Christ. Les adolescents se prennent au jeu : rares sont ceux qui choisissent la reddition, quelques-uns optent pour la prière ou le suicide. La plupart décide de combattre, même si, comme l’indique leur guide, la tentative est vaine car les Romains sont largement supérieurs en nombre. Pour beaucoup, la mort s’impose : elle sauve l’honneur et permet l’unité dans un clan. Sous l’apparence d’un jeu innocent, ces jeunes en pèlerinage sur la terre de leurs ancêtres se remettent dans les mêmes conditions que les habitants de Massada. Une situation qui ne prête pas forcément à rire, tant elle traduit le traumatisme de la persécution.



Le complexe de Massada


Cette forteresse a aujourd’hui donné lieu à une qualification médicale, “le complexe de Massada”, qui désigne un comportement hérité des différentes blessures du peuple juif tout au long de son histoire : la nécessité de rester maître de son propre destin, la prise de conscience d’une force supérieure menaçante, le besoin impératif de préserver sa terre.
Symbole de l’héroïsme, Massada représente une concentration de valeurs fondamentales qui ont forgé l’état d’esprit d’une population pour qui perdure le sentiment d’avoir à se protéger, mais aussi à se battre.



Une violence qu’on ne souhaite pas voir


Paradoxalement, lors de sa sortie en Israël, le film Policeman de Nadav Lapid, a d’abord été interdit aux moins de 18 ans. Démesurée, cette décision nous interroge : où les autorités situent-elles la vraie violence ? Selon le réalisateur, c’est celle dont font preuve les radicaux israéliens dans le film qui posait problème, pas celle de la police israélienne : la preuve qu’une violence d’État est tolérée. Au final, cette censure, sous couvert de protéger la jeunesse, semble surtout destinée à cacher un film qui dérange.

Maëlle Le Corre

 

 

Retrouvez un critique du film Policeman, de Nadav Lapid sur Preview : http://www.3continents.info/2011/11/24/policeman-tous-otages-du-reel/

Page Partenaires de Preview : http://www.3continents.info/partenaires/

Retrouvez les autres articles du jour sur Preview : http://www.3continents.info/

 

View sur la semaine
 
Pas assez de Preview ? Le magazine View arrive en renfort, pour les retardataires ou les plus fidèles du festival. Un retour sur la semaine, sous un format différent.
Un festival bien entamé… En quelques jours, Preview s’est fait une  petite place sur le web et s’amuse à confronter portraits, interviews,  critiques, dessins, capsules sonores ou encore vidéos. Des productions  journalistiques voire artistiques orchestrées au jour le jour . Premier numéro d’une série à venir, View remplace l’ancien quotidien  Gazeto et s’articule autour de quatre rubriques : Portraits, Portfolio,  Off Screen et Zoom. Invités, rendez-vous, expositions : les  incontournables de la semaine sont revus, d’un autre œil. Nadav Lapid  fait face à Arturo Ripstein, grand nom du cinéma, pour deux portraits  deux visions du cinéma et de la société. L’art du Benshi et les studios  Nikkatsu, quant à eux, font l’objet d’un décryptage sous forme de zoom  sur le Japon, invité cette année…Arrivé à mi-parcours, un nouveau regard sur le festival est  proposé : View, œuvre aussi des étudiants en M2 d’Information et  Communication de Nantes. Et si le nom fait écho à celui du site, la  démarche n’est pas la même. Le magazine prend le parti d’une photo de groupe, d’un petit album de  famille non exhaustif, d’un aperçu en douze pages de cette 33e édition  du festival.


Alléchant n’est-ce pas ?

L’équipe de Preview et View

View sur la semaine

 

Pas assez de Preview ? Le magazine View arrive en renfort, pour les retardataires ou les plus fidèles du festival. Un retour sur la semaine, sous un format différent.


Un festival bien entamé… En quelques jours, Preview s’est fait une petite place sur le web et s’amuse à confronter portraits, interviews, critiques, dessins, capsules sonores ou encore vidéos. Des productions journalistiques voire artistiques orchestrées au jour le jour .
Premier numéro d’une série à venir, View remplace l’ancien quotidien Gazeto et s’articule autour de quatre rubriques : Portraits, Portfolio, Off Screen et Zoom. Invités, rendez-vous, expositions : les incontournables de la semaine sont revus, d’un autre œil. Nadav Lapid fait face à Arturo Ripstein, grand nom du cinéma, pour deux portraits deux visions du cinéma et de la société. L’art du Benshi et les studios Nikkatsu, quant à eux, font l’objet d’un décryptage sous forme de zoom sur le Japon, invité cette année…

Arrivé à mi-parcours, un nouveau regard sur le festival est proposé : View, œuvre aussi des étudiants en M2 d’Information et Communication de Nantes. Et si le nom fait écho à celui du site, la démarche n’est pas la même.
Le magazine prend le parti d’une photo de groupe, d’un petit album de famille non exhaustif, d’un aperçu en douze pages de cette 33e édition du festival.

Alléchant n’est-ce pas ?

L’équipe de Preview et View

Portraits d’une nouvelle génération de cinéastes

Après quatre jours de travail intensif, les réalisateurs et producteurs de l’atelier Produire au Sud s’offrent un petit moment de détente entre notre compagnie. Portraits.

Par Johan Fel et Elfie Charles

AH JE L’AI DEJA VU !

Pour Félix, Killian et les autres enfants du service pédiatrie du CHU de Nantes, le Festival des 3 Continents projette Les contes de la mère poule, court métrage iranien. Une séance où les commentaires et la bougeotte sont autorisés.

Killian_devant_les_films_du_F3C

Killian 3 ans et demi découvre Les contes de la mère poule © Elfie Charles

« Ah je l’ai déjà vu ce dessin animé » annonce fièrement Félix, 7 ans, alors que s’affiche tout doucement le titre du film. Le ton est donné. Le Festival des 3 Continents n’impressionne pas le garçon. Dans la salle de jeux du service, les jouets ont été troqués contre un écran de cinéma. Killian, 3 ans et demi, s’impatiente à l’idée de voir le dessin animé. La séance commence. Chacun s’installe sur sa petite chaise en bois. Lorsque Killian entend les premiers sons du film, il danse sur sa chaise et chantonne, même s’il ne connaît pas l’air. Trois contes animent l’écran pendant 45 minutes, sous les yeux des enfants et de leurs parents. Léa prend beaucoup de plaisir pendant la séance. Malentendante, elle préfère habituellement lire, plutôt que regarder la télé ou des films. « Comme ça j’apprend à bien lire, c’est important, mais là, les contes c’était vraiment bien ! » commente-t-elle un peu timide. Du haut de ses 8 ans, Les contes de la mère poule lui parlent.


« Oh il est trop beau »

Le conte du poisson arc-en-ciel donne le sourire à chacun. Aycan et Léa l’adorent. Pourquoi ? « Parce qu’il a plein de belles couleurs et qu’il est gentil » répondent-elles presque en cœur.  Félix, lui, comprend que ce petit personnage symbolise le partage et la gentillesse envers les autres. Ce sont des valeurs qui comptent pour lui. « Bien fait pour toi poisson-éclair crie-t-il à travers la salle. Non, mais je plaisante il s’appelle pas comme ça en vrai ». Ce qui est sûr c’est que Félix n’aime pas les méchants, tout comme son camarade, ravi de voir que le joli poisson coloré s’en est sorti. Le copain ne se prive de partager son emballement « Ouf ! Il est parti à la vitesse de l’éclair. C’était juste ! »


CHUT !

Ça y est Killian ne tient plus en place ! Il chante, parle d’autre chose, bouge dans tous les sens. « CHUT ! » s’essouffle Félix. Alors, après 15 minutes de film, le cadet de la séance préfère enfourcher son vélo et se promener dans les couloirs du service. Pas facile pour lui de comprendre les personnages faits de tissus et de bouts de ficelles. Les contes iraniens sont loin des dessins animés américains que les enfants ont l’habitude de regarder. Mais Félix, lui, les connaît. D’ailleurs, il ne peut s’empêcher de commenter les scènes à son copain de 7 ans, qui lui aussi s’appelle Killian. « Ah oui et à la fin le poisson va donner ses couleurs à tout le monde ». Zut ! Félix dévoile la chute. « Mais faut pas l’dire » s’offusque son copain.


« J’ai perdu ma dent hier »

Aycan signale qu’elle a perdu sa dent hier, alors que le loup en tissu du deuxième conte s’apprête à dévorer un mouton. Pendant ce temps, Killian a peur « Oh là là ! Il va pas le manger quand même » s’inquiète-t-il auprès de Félix qui le rassure. « Ouf » soupire le garçon soulagé. Son visage apeuré rayonne à nouveau d’un sourire auquel il manque quatre dents. Mais Félix a beau avoir l’air rodé devant ce dessin animé, il confie toutefois à la fin de la séance : « Quand monsieur coq et madame poule appellent à l’aide les animaux tandis que leur petit se noie, ça me rend triste à chaque fois. C’est comme dans la vraie vie, les gens n’écoutent pas assez quand on leur demande de l’aide ! » affirme-t-il avec des mots d’adulte dans son pyjama d’hôpital. Commenter chaque scène, c’est finalement un moyen de se rassurer quand on est enfant parce que quand on ne sait pas ce qui va arriver, ça fait quand même un peu peur !

 

Justine Dagorn


Après les impressions des enfants, passons à celles des adultes avec l’interview de la directrice de la communication du CHU sur Preview : http://www.3continents.info/2011/11/23/une-fenetre-ouverte-en-pediatrie/

Retrouvez les autres articles du jour sur Preview : http://www.3continents.info/

Un jour avec Arturo Ripstein
Pendant toute une journée, nous avons eu le privilège de suivre le réalisateur Arturo Ripstein, du Katorza à Cosmopolis en passant par l’Hôtel de France où il séjourne. Rencontre avec un maestro du cinéma aussi accessible qu’attachant.
Photos de Johan Fel
L’album est disponible sur Flickr’ : http://www.flickr.com/photos/previewf3c/sets/72157628131964315/with/6395600457/

Un jour avec Arturo Ripstein

Pendant toute une journée, nous avons eu le privilège de suivre le réalisateur Arturo Ripstein, du Katorza à Cosmopolis en passant par l’Hôtel de France où il séjourne. Rencontre avec un maestro du cinéma aussi accessible qu’attachant.

Photos de Johan Fel

L’album est disponible sur Flickr’ : http://www.flickr.com/photos/previewf3c/sets/72157628131964315/with/6395600457/